Capitaine Aimé Teisseire

Un héros pugétois méconnu.

 

teisseire

Incroyable histoire de ce soldat, né en 1914 à Puget-Théniers, devenu officier qui participa activement à la libération d’Alençon décrite comme la première ville française libérée par des Français, sous la direction du Général Leclerc et qui termina sa carrière avec la plus haute distinction française du conflit 39/45

 

 

Aimé Teisseire est né le 18 décembre 1914 à Puget-Théniers dans les Alpes-Maritimes.

Son père était employé au Casino de Monte-Carlo. Il fréquente l’école communale de Cap d’Ail où il est venu vivre avec ses parents puis l’école Rouvière (école pratique d’industrie) de Toulon pendant trois ans. A la fin de sa scolarité, il entre à la Barclays Bank de Monte-Carlo. Souhaitant une vie plus active, il veut s’engager mais est refusé à la visite médicale. Finalement, après un séjour au Gabon, il parvient à s’engager dans l’Infanterie coloniale, au titre du 8e Régiment de tirailleurs sénégalais (8e RTS) en avril 1934. Désigné pour un poste au Congo, le caporal Teisseire doit interrompre sa préparation à l’école de Saint-Maixent et débarque à Pointe-Noire en avril 1937. Promu sergent en avril 1938, il passe au BTS de l’AEF et retourne en métropole en septembre 1938.

A la déclaration de guerre en 1939, il est au 3e Régiment d’infanterie coloniale (3e RIC) puis détaché à la base d’aviation de Rochefort-sur-Mer. Désireux de combattre, il demande son retour au 3e RIC ; cela lui est refusé mais il finit par rejoindre son unité par mesure disciplinaire. En avril 1940, il est affecté au 6e Régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais (6e RICMS). Le 16 mai, dans les Ardennes, son groupe est attaqué par trois avions allemands Dornier 17 et le sergent Teisseire touche au FM un des appareils avec l’aide de son mitrailleur africain. Au deuxième passage, 2 autres FM ayant aussi tiré, un appareil ennemi est abattu et un autre gravement endommagé.

Aimé Teisseire se distingue ensuite de nouveau lors de fortes attaques allemandes les 17 et 23 mai et lors d’une contre-attaque française le 18. Le 1er juin 1940, il est nommé sergent-chef à titre exceptionnel pour son comportement depuis le début des hostilités. Le 12 juin dans les Ardennes, il sauve une section d’une perte totale. Le 20 juin, en Meurthe-et-Moselle, il est blessé de trois balles ; deux jours plus tard, il est fait prisonnier et soigné à l’hôpital de Nancy. Il s’évade le 15 août en sautant d’un camion en marche malgré ses blessures et, franchissant la ligne de démarcation, rejoint l’armée d’armistice à Fréjus. Aimé Teisseire fait de la propagande pour la poursuite de la lutte, pour le général de Gaulle et les Forces françaises libres qu’il essaie de rejoindre sans succès.

Réengagé pour un an en février 1941, il est désigné pour l’Afrique occidentale qu’il rejoint en septembre 1941. Après maintes péripéties, il parvient à s’évader du Dahomey en décembre 1941 et à rejoindre le Nigeria. De là, un administrateur britannique l’emmène à Lagos où se trouve une mission française des FFL ; il signe son engagement et demande à partir d’urgence pour le Tchad, ayant entendu parler d’opérations. Il est affecté à la 1ère Compagnie du Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad (RTST) et nommé adjudant en février 1942. En juillet 1942, il est affecté au Bataillon de marche n° 8 (BM 8). Devenu chef de section, il rejoint avec son unité la Force Leclerc à travers le Fezzan et est affecté au Bataillon de marche du Tchad (BMT) qui devient le Régiment de marche du Tchad (RMT), au sein de la 2e DB du général Leclerc, en formation au Maroc.

Affecté au 3e Bataillon du RMT, Aimé Teisseire commande la 3e section de combat de la 10e Compagnie. Après plusieurs mois passés au Maroc à s’entraîner et à se réorganiser, la Division est évacuée sur l’Angleterre. Après le débarquement d’août 1944 sur les plages de Normandie, l’adjudant-chef Teisseire s’illustre à la tête de sa section en forêt d’Ecouves dans les combats contre les Panzer et l’Infanterie allemande. Le 24 août aux abords de Paris, il est blessé par des éclats de mortier et est évacué contre son gré. Il se sauve de l’hôpital après une opération chirurgicale et rejoint son unité dans la capitale en auto-stop. Il refuse d’être hospitalisé et reprend les combats avec son unité. En septembre, il entre parmi les premiers à Andelot à la tête de sa section ; à Hourcourt, dans les Vosges, il culbute et poursuit l’ennemi ; le 18 septembre 1944, il participe à la reprise de Châtel-sur-Moselle et conquiert le quartier nord de Châtel jouant un rôle très important dans l’établissement de la tête de pont sur la Moselle. Le 25 septembre, il est promu au grade de sous-lieutenant.

Aimé Teisseire se distingue encore dans la région de Baccarat, à Bréménil en Meurthe-et-Moselle où, le 18 novembre, il est une nouvelle fois blessé par une balle qui lui traverse la mâchoire ; resté en ligne malgré sa blessure, il parvient même à faire prisonniers un groupe de six Allemands avant d’être transporté dans un hôpital américain où il reçoit… l’extrême-onction. Refusant une longue convalescence, il rejoint la Division en janvier 1945, reprend le commandement de sa section et participe à la fin de la campagne d’Alsace puis à celle d’Allemagne jusqu’à Berchtesgaden. En septembre 1946, Aimé Teisseire est promu lieutenant et désigné pour servir en Indochine, il débarque à Saigon le 31 décembre 1946. Affecté au Régiment mixte du Cambodge (RMC), il sert comme commandant de compagnie et reçoit trois citations. Il est promu officier de la Légion d’Honneur pour services exceptionnels en Extrême-Orient.

De retour en France en juin 1949, il reçoit ses galons de capitaine à titre exceptionnel un an plus tard avant de servir à la Réunion comme commandant de compagnie, assurant quelque temps par intérim les fonctions de commandant de la subdivision de la Réunion. Il commande ensuite une compagnie à Madagascar. Aimé Teisseire poursuit sa carrière comme commandant de compagnie au Cameroun (1957-1959) puis en Algérie en 1960. Il demande sa retraite avant la limite d’âge. Elle lui est accordée en janvier 1961 et il se retire à Nice. Chef de bataillon honoraire, Aimé Teisseire termine sa carrière dans le civil notamment comme chef du personnel dans un grand magasin. Aimé Teisseire est décédé le 28 juin 2008 à Nice.

http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/1060.html

 

Aimé Teisseire a également publié ses mémoires en 1994 intitulées « Mes campagnes » dont voici l’extrait qui parle de la campagne de Normandie.

teisseireportrait
Août 2004

« Je commande une section, la 3ème Section de la 10ème Compagnie du Régiment de Marche du Tchad. Au Maroc, j’ai poussé son instruction du mieux possible et je continue en Grande-Bretagne. Elle dispose de cinq half-tracks (véhicules légèrement blindés à roues avant et chenilles arrières).
Elle est composée de volontaires d’origine diverse. Ceux provenant d’Afrique du Nord, où beaucoup étaient nés, avaient fourni un apport important. Le Sergent-chef Le Goff était un de ces jeunes Bretons qui avaient rejoint l’Angleterre en Juin 40 ; il avait ensuite été envoyé en Afrique Équatoriale Française ; le Sergent Leroy, qui me sera affecté en cours de campagne était dans la même situation. Beaucoup venaient des glorieux Corps Francs d’Afrique ; certains s’étaient distingués au cours de la Campagne de Tunisie et il faut saluer leur courage ; le Sergent-chef (Adjudant par la suite) Touati, le Sergent-chef Beck, le soldat Sarmiento (caporal par la suite) avaient été cités pour cette campagne (Il n’est pas impossible que je commette des omissions).
Touati et Beck avaient déjà combattu en France et Beck avait eu une citation à l’ordre de la Division en Juin 1940. Des patriotes, de la Métropole, pour pouvoir participer aux combats; avaient rejoint l’Afrique du Nord en passant par les Pyrénées et après avoir été internés dans les prisons et/ou le camp de concentration franquistes (sauf erreurs ou omissions : les Sergents Lévy, Marchive Aimé, Stam (celui-ci après avoir combattu en France), les soldats Augros (qui deviendra sous-officier), Jaouen, Parker. Après le débarquement, il y aura des apports d’engagés en Métropole qui adoptèrent l’esprit de la section et sa combativité et contribuèrent souvent à ses succès.
Nous embarquons le 30 Juillet 1944 à destination de la France.
La 2ème Division Blindée fait partie de l’Armée Patton qui doit réaliser la percée. Nous ne débarquons que le 4 Août.
Le 12 Août, avant Sées (Orne), la section fait des prisonniers. Un peu après la sortie de Sées, notre canon de 57 – chef de pièce : Sergent Marchive Aimé – tire sur des résistances ennemies situées au nord de la route D908 (Sées – La Ferrière Béchet – Carrouges).
A partir du carrefour de la D908 (N808 suivant d’autres cartes), et de la D26, la section fait partie du dispositif de tête qui attaque en forêt d’Écouves du Nord au Sud. Le détachement est sous les ordres du Chef de Bataillon Putz. Il devra faire jonction avec des éléments de la Division venant du Sud. La 9ème Panzer Allemande est dans la forêt.
Nos half-tracks sont intercalés avec les chars moyens du Lieutenant de la Bourdonnaye (section de la 2ème Cie. du 501ème Régiment de Chars de Combat). Je suis dans le premier half-track, derrière le char de tête.
Une reconnaissance ennemie se heurte à nous.
Je ne me rappelais plus le nombre exact de véhicules ; il y avait un genre de « command-car », une autre voiture légère peut-être. Ils sont capturés ; des prisonniers, dont des officiers, sont faits.
Je renouvelle mon offre de reconnaître à pied les tournants dangereux, mais les chars préfèrent aller vite.
Peu avant le carrefour « La Croix de Médavy », le char de tête est détruit par un char lourd allemand qui est aux aguets, en position à ce carrefour.
Bonhomme, le chauffeur de l’half-track de tête, effectue la marche arrière la plus rapide de sa carrière afin de mettre son H.T. à l’abri dans la forêt. La section met pied à terre. Je laisse mon adjoint, le Sergent-chef Touati, rassembler rapidement la section et je vais reconnaître avec deux ou trois hommes. A un moment, je suis coupé d’eux par le tir venant de nos chars.
Notre Commandant de Compagnie, le Capitaine Sarazac est venu prendre des nouvelles et Touati lui a rendu compte de la situation. Je reviens chercher ma section qui a commencé à avancer. Augros a pris le commandement du groupe du Sergent-chef Girma qui a été blessé.
La section progresse jusqu’au carrefour.
Face à celui-ci, à droite de la route D 26, elle se met en place pour l’assaut, le plus discrètement possible. Un fossé existe près du carrefour et protège les éléments les plus avancés de la section. Les chars allemands se sont légèrement repliés vers le Sud, sur la route D 26 allant vers Alençon, mais il reste encore au carrefour divers véhicules. Tir au lance-roquettes; jets de grenades. Après les explosions, nous nous élançons et atteignons l’autre côté du carrefour.
La section est bientôt rejointe par d’autres éléments à pied.
Des actions dans la forêt ont lieu, souvent par de petits groupes de combat. Je vais un peu vers le Nord, puis revient vers le Sud.
Sous la pression de nos unités, l’infanterie allemande s’est séparée de ses chars. Je vais en reconnaissance vers ceux-ci, étant à gauche de la route allant à Alençon. Je m’approche à quelques mètres de l’un d’eux, celui qui est le plus rapproché du carrefour, utilisant tous les accidents de terrain. Je n’ai pas de grenades antichars ni des cocktails « Molotov ». Dépité, je tire au pistolet-mitrailleur dans les fentes de visée. Énervé par le moustique que je suis, le char tire d’une manière désordonnée et recule un peu. Je reviens vers ma section. Je récupère le Sergent-chef Legoff, chef de l’un de mes groupes, armé d’un lance-roquettes, accompagné du soldat Borinov (de son vrai nom Roux Pierre) qui porte des roquettes, alors qu’il cherche aussi à s’approcher des chars. Laissant le gros de la section presser les fantassins adverses, nous approchons du char ennemi.
Tirs de Legoff, tandis que je sers de chargeur.
Incident technique entre les tirs, vite réparé (mauvais contact). Au premier tir, la roquette passe trop haut; erreur de hausse. Au deuxième, à la base de la tourelle, la roquette ricoche. Au troisième, la région du moteur étant visé, le char est mis hors de combat.
Le Lieutenant Carage, chef de la 2ème section de la compagnie, arrive avec ses hommes et peut-être des éléments de la C.A.3, de l’autre côté de la route.
Le Lieutenant Silvy, avec la 1ère Section, arrive de notre côté. Il me demande de le laisser passer en tête et de lui « prêter » Legoff avec son lance-roquettes. J’accepte. Accompagné de Borinov et de Quille, agissant suivant son initiative, Legoff attaque un autre char lourd, le rendant inutilisable en détériorant son train de roulement. Il sera blessé peu après.
Après la destruction du premier char ennemi, j’avais fait dire à nos propres chars qu’ils pouvaient avancer jusqu’à celui-ci, en leur recommandant de ne pas le dépasser. Nos chars préféreront continuer et un deuxième char du 501e sera mis « en flammes » par un char allemand.
Le Lieutenant Silvy sera lui aussi blessé.
Ma section reprend alors la tête de tout le dispositif dans la progression. La nuit tombée et suivant les ordre reçus, elle reste en protection avancée.
Elle repart le lendemain matin de bonne heure vers les spahis qui remontent du Sud (Groupement Roumianzoff).
L’ennemi semble désemparé.
De nombreux prisonniers sont encore faits. des chars, sabotés, ont été abandonnés par l’adversaire.
La liaison est un moment délicat, mais tout ce passe bien. Étant dans le fossé près de la route, nous entendons les bruits de moteur et voyons apparaître les spahis; nous agitons nos mouchoirs; pas de bavures. Très peu de temps ensuite, la section de reconnaissance du Bataillon arrive.
Alors que le gros de la 10ème Compagnie est dirigé vers Argentan, ma section est envoyée à Boucé.
Le lendemain 14 Août, près d’Avoine, nous essuyons, dans une plaine, un feu nourri de l’ennemi. Avec d’autres éléments, nous le mettons en fuite, mais nous avons eu le premier mort de la section, le soldat Amsellem, un père de famille, engagé volontaire.
A Boucé, un groupe de la section est en protection à une sortie de village; le commandement nous a fait reconnaître qu’il ne peut, par cette route, arriver que des ennemis.
Un véhicule arrive.
Bref engagement; l’adversaire est mis en fuite et nous récupérons… une Jeep de la Division. C’était un petit groupe, commandé par un aspirant artilleur qui s’était trompé d’itinéraire ou qui avait été mal informé.
Heureusement, pas de blessés par les coups de feu réciproques. Les artilleurs arriveront à rejoindre leur unité; notre section utilisa la Jeep quelque temps…
De Boucé, de profondes reconnaissances sont effectuées.
Le 17 Août, nous retrouvons la compagnie à Joue du Plain, puis le soir même ma section est envoyée dans la région d’Écouché en renfort de la 9ème Compagnie. Pour éviter l’encerclement, de nombreuses colonnes ennemies se heurtent à nos unités.
Des Britanniques font liaison avec nous.
Nous rejoignons le gros de notre compagnie. De nombreux véhicules de la Wehrmacht ont été détruits ou capturés; nous en ramenons plusieurs, y compris un véhicule blindé de transport de troupes, correspondant à nos half-tracks, en état de marche.
Je suis adjudant-chef depuis le 1er Janvier 1944, après avoir été nommé adjudant à titre exceptionnel pour compter du 15 Février 1942. Après la Campagne de Normandie, je suis proposé à titre exceptionnel pour le grade de sous-lieutenant; la nomination à ce grade aura lieu pour compter du 25 Septembre 1944, par décret du 23 Décembre 1944.
Le Capitaine Sarazac m’a proposé dans ces termes :
« L’Adjudant-chef Teisseire, chef de section commandant la 3ème Section de la 10ème Cie. depuis le mois de Décembre 1943, s’est tout de suite imposé par ses qualités de chef. A fait de sa section une unité parfaitement instruite, homogène, prête physiquement et moralement au combat. Depuis le début des opérations, a obtenu une série de brillants succès. A la Croix de Médavy, a entraîné sa section à l’assaut du carrefour puis s’est élancé à la poursuite des chars allemands. Avec quelques hommes, a attaqué et détruit un char lourd.
Plusieurs fois proposé pour le gradé de sous-lieutenant avant les opérations l’adjudant-chef Teisseire a amplement prouvé qu’il est apte à devenir un excellent officier ». »

Trouvé sur « Vive la Résistance

 

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Crédit : Vive la Résistance

Monsieur Aimé Teisseire est au centre de la photo

Hommage rendu par l’association officielle « Vive la résistance, à Monsieur Aimé Teisseire lors de son décès en 2008. Cliquez sur le lien….

Aimé Teisseire était notamment :

-Grand Officier de la Légion d’Honneur
-Compagnon de la Libération – décret du 29 décembre 1944
-Médaille Militaire
-Croix de Guerre 39/45 (6 citations)
-Croix de Guerre des TOE (3 citations)
-Médaille des Blessés
-Médaille des Evadés
-Croix du Combattant
-Croix du Combattant Volontaire
-Croix du Combattant Volontaire de la Résistance
-Médaille Coloniale avec agrafe « Extrême-Orient »
-Médaille Commémorative 39/45
-Médaille des Services Volontaires dans la France Libre
-Médaille Commémorative des Opérations de Sécurité et du Maintien de l’Ordre en AFN
-Médaille Commémorative de la Campagne d’Indochine
-Chevalier de l’Ordre Royal du Cambodge
-Officier de l’Etoile Noire (Bénin)
-Officier de l’Etoile d’Anjouan
-Officier de l’Etoile de la Grande Comore
-Médaille de la Défense Nationale du Cambodge (avec citation)
-Presidential Unit Citation (USA)

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